Non à la France de l'emploi précaire !
Plus de 40 000 emplois ont été détruits en France en 3 ans, mais le Premier ministre parvient depuis quelques mois à afficher une baisse du nombre de chômeurs, alors que les créations d'emplois restent atones. Comment fait-il ? En combinant la tendance démographique, qui conduit mécaniquement à une amélioration des statistiques, le renforcement drastique des contrôles des chômeurs, qui favorise les radiations de l'ANPE, et la restauration d'outils de traitement social du chômage, que sa majorité avait jusque-là systématiquement démolis.
Entre 1997 et 2002, le nombre de chômeurs avait baissé de plus de 900 000 et les créations d'emplois atteint 2 millions. Depuis juin 2002, la France compte 200 000chômeurs supplémentaires et le solde des créations d'emplois est négatif. Là où la gauche créait de l'activité et la partageait, la droite en est réduite à répartir la pénurie.
La majorité actuelle a profondément précarisé les salariés. La première étape a été la remise en question par François Fillon de la loi sur les 35 heures. Le slogan «travailler plus pour gagner plus» a fait long feu, comme l'a montré la quasi-stagnation du pouvoir d'achat. La loi de modernisation sociale, qui protégeait les salariés menacés de licenciement économique, a ensuite été abrogée. Puis une seconde loi Fillon a affaibli le rôle protecteur de l'accord de branche et atomisé le dialogue social. A peine arrivé à Matignon, Dominique de Villepin a amplifié cette politique, en instituant par ordonnance un nouveau contrat de travail qui peut être rompu sans motif à tout moment pendant deux ans.
Pour quels résultats ? Le gouvernement se targue de la signature de 220 000 contrats nouvelle embauche (CNE) depuis le mois d'août. Mais ceux-ci se substituent aux contrats classiques qui auraient de toute façon vu le jour. Si le nombre de CNE correspondait véritablement à de nouvelles créations de postes, le nombre total d'emplois progresserait d'autant, ce qui n'est pas le cas. Les conséquences sont en revanche dramatiques : comment pourra-t-on demain justifier des garanties nécessaires à l'attribution d'un logement ou d'un prêt bancaire avec un contrat de travail journalier ?
La droite pose les premières pierres d'un modèle de société. Un modèle où les droits sociaux des salariés sont subordonnés aux exigences des actionnaires. Un modèle où il suffit de contraindre les chômeurs à accepter un emploi au rabais pour faire baisser les chiffres du chômage. Un modèle où un nombre de plus en plus faible de citoyens bénéficie de conditions salariales confortables tandis que les autres se partagent les miettes, contrats courts, intérim, stages non payés et autres CNE.
Ce modèle existe ailleurs. Le Royaume-Uni, les États-Unis ou les Pays-Bas recourent massivement aux contrats précaires et le travail à temps partiel y est un outil de politique de l'emploi à part entière. Le corollaire en est un nombre important de travailleurs pauvres, obligés de multiplier les petits boulots et de faire appel à l'aumône publique pour boucler les fins de mois. Les statistiques flatteuses du chômage, largement sous-estimé, cachent en réalité une misère et des inégalités profondes.
A l'opposé, renouer avec le progrès social implique une action déterminée visant à augmenter le pouvoir d'achat. Il est impératif de fixer l'objectif d'une hausse rapide du SMIC, sur lequel sont fondées toutes les grilles salariales des conventions collectives ainsi que les indices du traitement de nombreux fonctionnaires. Pour éviter le recours massif au temps partiel, qui multiplie les travailleurs pauvres, il faut assumer la perspective d'une réduction collective et négociée de la durée du travail, sur la base de 35 heures hebdomadaires pour tous les salariés.
La lutte contre la précarité de l'emploi exige une abrogation du CNE et la mise en place d'un principe général de sécurité professionnelle qui offre aux salariés une protection sur l'ensemble de leur vie active, garantissant la continuité des droits sociaux. La négociation d'un taux maximal de contrats précaires par branche professionnelle et la création d'un statut du stagiaire lui garantissant une véritable rémunération sont également une priorité.
Enfin, rien ne sera possible sans un dialogue social profondément rénové. Il faudra fonder la représentativité des syndicats sur le vote des salariés, généraliser le fait majoritaire dans les négociations collectives et faire entrer les représentants des salariés dans les organes de direction des grandes entreprises. Récemment la présidente du Medef déclarait : «La vie, la santé, l'amour sont précaires. Pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ?» Pour refuser la loi de la précarité, il est urgent de proposer aux Français de renouer avec le progrès, en jetant les bases d'un nouveau contrat social.
commentaires